11 mai 2012
Chien du heaume
Chien du heaume, Justine Niogret

Ca se passe à une époque et un lieu indéterminés mais qu'on devine au haut moyen-âge, quelque part dans le nord ouest de l'Europe, la période que les anglais appellent dark ages, les âges sombres, et la couleur sombre fantasmée de cette époque baigne tout le livre. Les chemins sont déserts, les villages misérables, les forêts sauvages, les saisons impitoyables, les désirs et aspirations basiques, les guerriers caricatures de fourrure et de cuir, les paysans sales et mesquins. Chien du Heaume est un personnage aussi rude que le reste, jeune femme en quête de ses origines, très dure et cependant vulnérable.
Le style d'écriture est très personnel, avec des formes de mots et des tournures évoquant l'ancien français, un style imagé original qui résonne parfaitement avec l'univers qu'il décrit.
C'est dans l'histoire que je ne suis pas vraiment rentré. Des lignes narratives ouvertes et interrompues, de trop longs monologues, une dimension contemplative, et une quête qui n'a pas réussi à me toucher.
27 avril 2012
Spin
Spin, Robert Charles Wilson

Ce qui m'a surtout frappé dans ce roman c'est la manière quasi parfaite avec laquelle il mêle une trame humaine avec une trame cosmique, et l'équilibre entre les deux. La trame humaine est éphémère, limitée à la durée d'une vie humaine, voire même intimiste, axée qu'elle est sur une histoire d'amour. Le récit est subjectif, écrit à la première personne. La trame cosmique est à l'échelle de l'univers, s'étend sur des milliards d'années, et reste mystérieuse presque jusqu'à la fin.
Et pourtant les deux sont étroitement liées et se complètent à merveille. Les personnages sont attachants et crédibles, évoluant dans les transformations du monde qui les entoure. Les forces cosmiques à l'oeuvre sont effrayantes et insondables. Et le récit fait avancer les deux de pair.
Et puis la thématique est très riche : fin du monde, terraformation, intelligence galactique, foi, bio-ingénierie, politique, etc. Un livre hautement recommandable, même si parfois un tout petit peu long.
Interventions alliées pendant la guerre civile russe
Interventions alliées pendant la guerre civile russe de Jean-David Avenel

J'ai un ami qui aime comparer la guerre civile russe à la guerre des étoiles : l'empire (les rouges) contre le reste de la galaxie. Ce conflit a en effet un petit quelque-chose de cosmique dans sa complexité.
Pour commencer, les opposants aux bolchéviks embrassaient toutes les tendances politiques, des anarchistes de Makhno aux royalistes, nombreux parmi les officiers, et englobaient d'ailleurs de nombreux socialistes (SRs, menchéviks). De plus, une multitude de revendications nationalistes et ethniques se firent jour partout dans l'empire - qui comportait 70 nationalités et s'étendait de la Baltique au Pacifique, en passant par l'Ukraine et l'Asie Centrale - dont certaines aboutirent finalement à des indépendances. Enfin, les puissances étrangères intervinrent. La France, l'Angleterre, le Japon, les Etats-Unis, ainsi que l'Allemagne furent des acteurs importants de la guerre, fournissant armes, soutien et troupes, tout en ayant des objectifs différents, qui de plus changèrent avec l'armistice de novembre 1918. Evidemment, tout ce monde là se tirait dans les pattes.
L'exemple emblématique de cette complexité est la Légion Tchécoslovaque, force armée d'un état qui n'existait même pas encore, qui inaugura la guerre en avril 1918 alors qu'elle était dispersée de la Russie européenne à Vladivostok.
Ce livre de Jean-David Avenel est exceptionnel. Tout y est, depuis l'état politique et ethnique de l'empire avant la révolution jusqu'à l'ambigüe République d'Extrême-Orient qui servit aux bolchéviks d'état tampon contre les Japonais, le temps de conclure la guerre contre la Pologne. Le titre ne doit pas tromper : c'est l'ensemble du conflit qui est couvert. En 200 pages on a là une somme d'informations, un précis qui ne laisse pas grand chose de côté, abordant des sujets souvent omis dans d'autres livres, tout en restant idéologiquement neutre.
Seulement voilà, quand j'ai commencé à m'intéresser à ces événements, ce livre a été mon premier et... je n'ai pas compris grand chose ! Trop d'information, trop dense, sans carte, sans chronologie. Ouvrage indispensable donc, mais à lire en ayant déjà une certaine connaissance du sujet.
Le partage de l'Afrique
Le partage de l'Afrique, Henri Wesseling

A la fin du 19e siècle, en l'espace d'une génération, les puissances européennes s'arrachent la quasi totalité de l'Afrique. Une compétition effrénée, absurde souvent, pour prendre le contrôle de territoires immenses encore en grande partie inexplorés (par les Européens), tantôt par des conquêtes voulues politiquement, tantôt par des aventuriers qui mettaient après coup leur gouvernement devant le fait accompli, où des compagnies privées administraient des pays entiers pour en retirer des bénéfices, et où un Leopold II de Belgique réussit à titre personnel à se constituer un empire immense au Congo. Des événements marqués par de grandes figures : Stanley, Gordon, Samory, Lamy, Marchand, Kitchener ou Rhodes, des hauts faits, des résistances acharnées, des atrocités, et qui vont culminer dans les événements de Fachoda, quand la France et la Grande-Bretagne manquent entrer en guerre pour une bourgade perdue du Soudan à l'intersection de leurs empires. Seule l'Ethiopie échappera à la colonisation en anéantissant l'armée qui devait la conquérir à Adoua.
Ce livre présente tous ces événements dans leur déroulement, leurs tenants et leurs aboutissants, et en présente une synthèse très claire et complète. La nationalité néerlandaise de l'auteur, neutre dans toute cette affaire, garantit l'indépendance du point de vue.
Les langages de l'humanité
Les langages de l'humanité, Michel Malherbe

Les langages de l'humanité ont longtemps été mon livre de chevet. Pour qui s'intéresse un peu aux trois mille langues parlées environ aujourd'hui dans le monde, c'est une mine d'informations d'une clarté exemplaire, qui se lit comme un roman, et dépayse totalement. On peut le lire dans l'ordre ou le butiner, avec dans les deux cas le même risque : celui de ne plus pouvoir le lâcher. Je viens encore d'y passer deux heures !
Pour avoir un aperçu de l'alphabet géorgien, comprendre quelque-chose, cartes à l'appui, aux langues parlées dans le golfe de Guinée (où l'on trouve de nombreuses langues à tons comme le chinois), savoir qu'au Vietnam le dernier nom est le prénom alors qu'en Corée ce sont les deux derniers, sauf quand le deuxième prénom est remplacé par son initiale à l'américaine, que les langues mélanésiennes distinguent le nous inclusif du nous exclusif, y compris le bichelamar, qui est un pidgin à vocabulaire anglais dont le nom vient du portugais bicho do mar, crustacé dont les Chinois étaient friands, qu'en nahuatl (aztèque) le pluriel se marquait en redoublant la première syllabe, d'où le cacao, que le -tl de nahuatl est en fait l'article, que les langues tsiganes sont proches de l'hindi et que manouche et Mensch (allemand) ont la même origine, que l'arabe et le tahitien ont en commun de placer le verbe avant le sujet, qu'en haoussa (Nigéria) le verbe est invariable alors que le pronom change selon le temps de la phrase, que l'arabe n'a que trois voyelles (mais longues ou courtes) alors que le birman en a 64 (avec des tons), que le basque a dix cas (le latin n'en avait que six), que le loch des langues celtiques qui signifie lac, n'a rien avoir avec les loc- des noms bretons, qui vient du latin locus, que...
J'arrête là, mais contrairement à ce que ces exemples peuvent faire penser, le livre est bien construit : la première partie aborde les éléments constitutifs d'une langue d'une manière générale : phonétique, vocabulaire, grammaire, écriture. La deuxième aborde les langues, groupées par famille, en les suivant géographiquement et en donnant leurs caractéristiques et des exemples. La troisième traite des noms de personne, des noms de lieux, l'étymologie, et la dernière des réflexions sur la place des langues dans la société, sur l'homme face aux langues étrangères, sur les politiques linguistiques des différents pays. Et c'est parfaitement accessible du début à la fin.
Bêtes Hommes et Dieux : surtout bêtes
Bêtes, hommes et dieux, Ferdinand Ossendowski

Lors de la débâcle blanche de l'hiver 1920, en Sibérie, Ossendowski qui avait des fonctions officielles dans le gouvernement de Koltchak prend le maquis pour fuir les Bolchéviks. Son périple l'amène jusqu'en Mongolie où il découvre des secrets mystiques lamaïstes, et rencontre von Ungern-Sternberg et le Boghdo Khan. C'est d'ailleurs pour cela que je l'ai lu, il y a quelques années.
On ne le trouvait alors que dans une édition de 1969 dans la collection J'ai Lu l'Aventure Mystérieuse. Ca vaut tous les avertissements. (il semble réédité aujourd'hui dans plein de collections : signe des temps) Attention, auteur contesté, accusé de mythomanie. On sent bien dans le live qu'il n'est pas très clair. C'est trop beau par certains côtés, élusif par d'autres. Pour ce que je connais, ses rapports avec Ungern ou Sipaïlov sont évoqués rapidement, pas à la mesure du temps qu'il a passé à Ourga, et sans un mot sur le fait qu'il était devenu leur agent. Je laisse à d'autres le soin de se prononcer sur le côté mystique.
Ca reste un livre curieux, mêlant aventure, survie dans la taïga, rencontre avec les peuples locaux, mysticisme et évocation de personnages célèbres, mais à prendre avec de grosses grosses pinces.
Le bouquin est disponible en ligne (en anglais) auprès du projet Gutenberg. http://gutenberg.org/ebooks/2067

