13 octobre 2010
Rois et Capitaines
Rois et Capitaine, anthologie dirigée par Stéphanie Nicot

Anthologie commandée à divers auteurs francophones sur le thème Rois et Capitaines à l'occasion du festival des utopiales. La plupart me sont inconnus, et le nombre de femmes dans le nombre fait plaisir, peut-être parce que l'anthologiste, Stéphanie Nicot, est une femme.
On commence fort avec Jean-Philippe Jaworsky et une histoire de guerre située dans le passé de Janua Vera et Gagner la Guerre. Ca commence très fort, trop fort même, dans un déferlement de mots. Il doit y avoir plus de vocabulaire dans cette seule nouvelle que dans l'intégrale de Robert Jordan. Au bout d'un moment, on reprend son souffle, on respire trois fois par le ventre, et hop on est dedans, en plein dedans, ô combien dedans. Jaworsky nous parle de guerre, de sièges et de batailles, et de féodalité, et il maîtrise parfaitement son sujet (c'est un passionné d'histoire militaire et de wargames qui parle).
Car le voici arrivé au pied du mur, le voici qui escalade la brèche. Les pierres éboulées, les casques arrachés et les tronçons de lance roulent sous ses solerets. Tête haute, le duc franchit le portail que haussent deux pans de muraille croulants, il entre dans le quartier conquis, il s'enfonce dans la cité dévastée. Pour le grand seigneur venu participer au bal, la guerre déploie tous ses charmes. Il fait déjà très sombre dans les ruelles aux façades grêlées, aux pignons penchés, mais le parfum de la tuerie vous prend aussitôt à la gorge : des bouffées de sueur mariées aux effluves de cuir et de métal chaud, un arôme de poussière et de bois brûlé, un fumet affreusement appétissant de grillade que couvrent parfois des relents de merde. Au milieu des épaves qui encombrent la chaussée, on piétine des meubles fracassés, un battant de porte arraché, la panse d'un âne crevé. Quantités de pendus sont accrochés aux poutres des encorbellements, défenseurs et bourgeois mêlés. Langues tirées et nuques tordues, ils forment une haie d'honneur narquoise aux assaillants. La plupart ont été dépouillés, et comme la troupe s'entasse dans ces venelles trop étroites, les combattants bousculent aussi bien les carrures bardées de leurs frères d'armes que les jambes ballantes et les fesses blanchâtres des cadavres. Des maisons voisines tombe le tapage des pillages : boiseries enfoncées, glapissements des vieux auxquels on brûle les pieds, des femmes qu'on viole en bande. Et dans tout ce chaos, il y a encore quelques enfants aux joues creuses pour mendier du pain aux troupes qui remontent les rues vers les barricades.
Rachel Tanner a la malchance de passer juste après avec une histoire de pucelle au siège d'Orléans qui m'a laissé sur ma faim.
Claire et Robert Delmas racontent l'histoire d'une femme guerrière située à peu près dans l'Angleterre du haut moyen-âge, sous forme de chroniques. Ca fait un peu penser aux romans arthuriens. Sympathique.
Maïa Mazaurette fait une blague. Heureusement, c'est court.
Lionel Davoust nous parle de marins englués dans une guerre infinissable. Comment en sortir ? Un récit étonnant et original.
Dans le prince aux pucelles, Catherine Dufour raconte l'histoire d'un prince érigé en défenseur des femmes sans protection de son royaume. Une histoire ironique menée tambour battant, et à chute, qui m'a bien plu. Reste que - misère ! - je n'ai pas réussi à comprendre le prologue. [J'ai compris un mois après...]
Thomas Day maîtrise parfaitement l'histoire d'une reine morte. Elle contraste avec les autres nouvelles par sa poésie onirique et l'absence de guerre.
Serpent-Bêlier d'Arnaud Cabasson se passe pendant l'invasion mongole de la Russie et de Europe de l'est. De solides connaissances historiques pour un récit parlant de religion, de guerre et d'(in)tolérance dans un cadre original.
Dans le coeur d'Aaran, de Pierre Bordage est une sorte de d'Au Coeur des Ténèbres au coeur d'un désert parcouru par des vaisseaux terrestres à voiles. Il lui manque je ne sais quoi pour être exceptionnel.
La dixième nouvelle est un joli petit conte de Johan Heliot mettant en scène d'Artagnan, Cyrano de Bergerac et le roi de la lune.
Avec le crépuscule de l'ours, de Julien d'Hem, on est dans une histoire de fantasy virile qui m'a fait penser à du Gemmel. J'aime pas Gemmel. Un peu trop long et pas très convaincant, mais le souffle est là et c'est le premier texte d'un jeune auteur.
Pour terminer, L'orage, de Laurent Kloetzer impressionne par son souffle et son style, mais m'a un peu perdu, en plus d'être en dehors du thème imposé du recueil.
Voilà, c'est terminé. Une très bonne anthologie. Ma petite sélection personnelle. Je retiendrai Montefellone de Jaworski, bien sûr, L'impassible armada de Lionel Davoust, Le prince aux pucelles de Catherine Dufour et La reine sans nom, de Thomas Day.
Commentaires
tiens, c'est marrant (ou pas) mais je me fais toujours ce genre de réflexions quand je lis du Bordage ...
Sinon, je suis grillé sur ce nouveau Jaworski. Vite, je cours chez mon libraire.
sinon, j'ai déjà lu un Dufour et c'était très bien (même si très très glauque).
Stéphane
Il y a aussi l'anthologie des utopiales de l'année d'après ![]()
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=693988&pid=19321328
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :

